Trois couleurs font la paire d’yeux

14.05.2018
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On dira qu’on en voit de toutes les couleurs avec ces écrans partout. Non : trois couleurs suffisent pour toutes les reproduire. L’œil croît que la vie est rose au monde du pixel. Or sans noircir le tableau, le codage informatique des couleurs donne carte blanche à l’imposture optique.

Les facilités de jeux d’expression sur les couleurs, qui sont légion, font ici office d’écran de fumée pour masquer la difficulté d’un sujet des plus techniques.
En 1869, deux scientifiques français, Louis Ducos de Hauron et Charles Cros – le poète, proposèrent à la même séance de l’Académie des Sciences leurs inventions respectives. Sans s’être jamais concertés, les deux hommes présentaient des projets concurrents pour parvenir à la photographie en couleur sur papier. Leurs conclusions  étaient similaires et sont à l’origine du procédé actuel de la trichromie, par lequel l’ensemble des couleurs visibles à l’œil humain sont reproductibles à partir de trois couleurs primaires (une couleur primaire n’est pas composée d’autres couleurs).
Le RVB (rouge/vert/bleu) désigne un système de codage informatique des champs chromatiques par synthèse additive trichrome. Chaque couleur primaire correspond à un codage. A chaque pixel (contraction de « picture element », soit l’unité d’une l’image numérique) sont attribuées des valeurs numériques définissant la luminosité respective des trois couleurs primaires rouge vert et bleu. Cette trame de couleur est invisible à l’œil nu.
Par la synthèse additive de ces trois couleurs dans toutes les proportions possibles, on obtient le spectre total des couleurs reproductibles.

La trichromie correspond à la physiologie de l’œil humain qui possède trois types de photorécepteurs : les cônes. Ceux-ci transforment un signal électromagnétique en un signal nerveux qui produit la vision colorimétrique. Ces trois types de cônes perçoivent des longueurs d’ondes différentes du spectre lumineux. Ce dernier peut ainsi être reproduit pour l’œil humain en jouant sur ces trois types de signaux.

Les couleurs n’existent pas dans l’absolu. Elles sont une perception visuelle produite par opération nerveuse. Mais leur traitement cognitif est indissociable d’autres facteurs qui modèlent cette perception : culture, géographie, psychologie, mémoire, langage… Aussi est-il difficile d’arguer des couleurs naturelles en les opposant à celles artificielles. Pourtant, le système RVB propose des couleurs qui imitent les couleurs originales par des effets synthétiques que l’œil nu ne voit pas et dont il assimile l’ensemble à des couleurs connues.

Le projet RGB (red green blue) des Carnovsky (les artistes associés Francesco Rugi et Silvia Quintanilla) n’en est que plus intéressant. Il consiste à proposer des surfaces graphiques expérimentales dont l’agencement des trois couleurs primaires provoque des stimuli chromatiques qui modifient la perception en créant une interaction statique. L’œil y distingue des strates graphiques et une superposition de sujets qui se distingueront selon les filtres de couleur apposés. Une profondeur paraît s’ouvrir à plat. Cette trichromie intelligente fait vaciller l’œil en prenant du recul avec des perceptions subies à notre insu. Les Carnovsky se sont joints à diptyque le temps d’une scénarisation tricolores du jardin des Hespérides.

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